Il y a 91 ans, le 14 juillet 1935, le sol de Montrouge a tremblé sous les pas de 10 000 femmes et hommes réunis au Vélodrome Buffalo, là où se trouve aujourd’hui la résidence Buffalo. Ce stade fut le théâtre des Assises de la Paix et de la Liberté, un des moments fondateurs du Front populaire.
À la tribune ce jour-là, Victor Basch, philosophe, dreyfusard de la première heure, et président de la Ligue des droits de l’Homme. Il avait réuni l’ensemble de la gauche française (socialistes, communistes, radicaux, syndicalistes, intellectuels antifascistes) pour prêter le serment du rassemblement populaire, face à la montée des ligues d’extrême droite et du fascisme en Europe. La rue qui longe aujourd’hui l’emplacement de cet ancien stade porte son nom et celui de sa femme. Le nom de celui que des assassins de la Milice, en janvier 1944, appelaient le « créateur du Front populaire ». Victor Basch avait 80 ans. Il fut tué avec son épouse Ilona pour ses idées, pour ce qu’il incarnait : la République, la justice, l’union des démocrates contre la barbarie.
C’est d’ailleurs pour ne pas oublier cela que nous étions réunis, avec nos camarades de Montrouge Autrement, le 10 janvier dernier, devant la plaque commémorative à l’angle de la rue Victor Basch et de la rue Carvès, pour honorer leur mémoire 82 ans après leur assassinat. Ces moments comptent car ils rappellent que l’engagement républicain s’incarne, pied à pied, dans la durée.
À la suite du serment de Buffalo, le Rassemblement populaire se structure, adopte un programme commun en janvier 1936, construit autour du slogan « Pain, Paix, Liberté », et remporte les élections législatives d’avril-mai 1936. La SFIO (ancêtre du Parti Socialiste) de Léon Blum arrive en tête avec 147 élus, devant les radicaux et les communistes. La gauche obtient la majorité absolue à la Chambre. Après cette victoire électorale et la formation du gouvernement Léon Blum, les Accords de Matignon sont signés et ouvrent la voie aux deux semaines de congés payés, à la semaine de 40 heures, aux conventions collectives, à la revalorisation des salaires. Le Front populaire, c’est aussi la scolarité obligatoire portée à 14 ans, la création du CNRS, les billets de train à tarif réduit pour les travailleurs. Des droits arrachés par l’union, que Vichy n’a pas réussi à effacer durablement, et que nous n’avons jamais cessé de défendre.
Nous sommes le 2 mai 2026, au lendemain du 1er mai. Les inégalités n’ont jamais été aussi criantes, les droits au travail sont attaqués à chaque réforme, et l’extrême droite progresse en se normalisant. La lutte contre elle n’est pas un combat du passé, c’est celui d’aujourd’hui. Et il ne se gagne que par l’union sincère, pas par des postures antifascistes brandies comme étendards le temps d’une tribune, avant de reprendre les pires habitudes politiciennes dès que les projecteurs s’éteignent.
Montrouge en a récemment donné un exemple concret. En décembre 2025, ce fut le soulèvement des syndicats et des parents d’élèves, soutenus par l’opposition de gauche qui a obtenu l’annulation du spectacle Historock, une « fresque éducative » financée par un milliardaire d’extrême droite et portée par un auteur s’attaquant à l’enseignement de l’esclavage et de la décolonisation, que la majorité municipale voulait présenter à 1 600 élèves de CM1-CM2.
Lors des élections municipales de mars 2026, Montrouge Autrement a porté ce projet d’union locale avec ambition et dignité. Nous n’avons pas gagné ce scrutin. Mais le Front populaire lui-même n’est pas né d’une victoire, il est né d’un serment prononcé dans un stade, par des femmes et des hommes qui avaient choisi de se battre ensemble. Nous sommes les héritiers de ce serment. En ce lendemain du 1er mai 2026, nous rappelons que les droits conquis en 1936 valent la peine d’être défendus, et que de nouveaux droits valent la peine d’être conquis.
L’extrême droite ne sera pas vaincue par la résignation. Elle sera vaincue par l’union, la mobilisation et la clarté des convictions. À Montrouge comme partout, nous continuerons de porter ces combats.
Crédit image d’en tête (©) Manifestation du Rassemblement Populaire au 14 juillet : la tribune officielle : M.M. Léon Blum, Delbos, Daladier, Thorez, Salengro, Spinasse, Violette, Cot etc… : [photographie de presse] / Agence Meurisse – gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9045892z



