Lors du conseil municipal qui s’est tenu le 11 décembre 2025, le rapport de développement durable sur 2024 a été mis en débat. Vous trouverez ci-dessous l’intervention de Joaquim Timoteo, conseiller municipal de Montrouge en Commun.
On examine ce soir comme tous les ans à la même période le rapport de développement durable sur 2024 qui, à première vue, quand on le lit, se présente plutôt comme ambitieux, foisonnant, plutôt modernisé dans sa mise en forme.
J’ai fait une lecture, puisqu’on est en fin de mandat, en la comparant avec le même rapport en 2021. Je sais bien que comparaison ne vaut pas nécessairement raison, mais cela donne quelques orientations, avec une question centrale : est-ce que finalement, Montrouge progresse réellement et que ce progrès se traduit dans ce document, ou est-ce qu’on a là plutôt un document de communication de manière générale ? Est-ce qu’on a affaire à un document de pilotage du développement durable ou à un document de communication politique ?
Des constats généraux, d’abord. On a un rapport 2025 plus épais aujourd’hui, deux fois la taille de celui de 2021 – la taille ne veut pas dire grand-chose, en réalité –, rapport qui adopte un ton très valorisant : une ville plus verte, une ville plus respirable, plus solidaire, etc.
En réalité, au-delà de ces principes un peu généraux et de ces déclarations, quand on lit un peu plus attentivement les 60 pages que constitue ce rapport, on constate en réalité un vrai décalage, et immédiat, avec un constat simple : on a une forme d’enrobage rhétorique qui a, au fil des années, beaucoup augmenté.
On a beaucoup d’enrobage et de présentation rhétorique, et bien plus vite et de manière plus importante que des choses que l’on attendrait plus naturellement dans ce type de document, qui seraient des indicateurs, des analyses d’impact, des données chiffrées, qui donneraient à voir concrètement les résultats d’une action conduite.
Quand on regarde ce document aujourd’hui, sa structure par rapport à 2025 a un peu changé. Sur la forme, le document est plus agréable à lire, je le concède, mais l’angle mort constaté il y a quelques années reste le même. Nous n’avons aucune mesure claire de résultat, aucun indicateur consolidé, pas de données comparables dans le temps, presque aucun lien démontré entre les projets qui seraient présentés et la réduction effective des émissions, des consommations d’énergie, des inégalités sociales, qui est le but final de l’action, en toute logique.
Quelques illustrations rapides de ce que je dis là sur quelques-uns des thèmes : s’agissant de la nature en ville, un des thèmes de ce rapport, de manière habituelle, vous mettez en avant la végétalisation, Péri-Ginoux-Gautier, Barbara, Verdun, etc. On n’oublie pas le saccage du parc Schuman, mais là encore, il faudrait regarder les choses un peu plus précisément sur ces passages, parce que le déroulé du rapport sur ce thème, quelquefois, se résume malheureusement à un catalogue de projets immobiliers intégrant quelquefois du végétal, souvent, d’ailleurs, à long terme.
On présente beaucoup de projets avec du végétal, des aménagements, quelquefois sans garde-fous écologiques bien identifiés. Je trouve tout cela insatisfaisant et on n’a aucune information que l’on aurait aimé avoir, de manière très utile, des informations globales sur la ville : où sont les surfaces de pleine terre réellement créées à l’échelle de la ville ? Quel est le bilan net entre la végétalisation et la bétonisation ? Quelles surfaces ont été ou pas artificialisées ? Je ne dis pas qu’il n’y a pas, ici ou là, un ou deux indicateurs sur le sujet. Mais on n’a aucune vision globale sur la ville dans la présentation telle qu’elle est faite.
C’est dommage, car quand on va regarder par exemple d’autres rapports du même type d’autres villes voisines de même taille, notamment Clamart, ou Sceaux, on y trouve des tableaux précis sur les surfaces renaturées, sur la pleine terre gagnée, résultat de la politique menée, sur la pleine terre perdue. On évalue tout cela.
Dans ce rapport, je le regrette, on ne reste que sur de la description et souvent sur de l’intention.
S’agissant des mobilités, vous l’évoquiez tout à l’heure, le rapport affirme – il le dit dans l’édito – qu’on compte 9 kilomètres de pistes cyclables et 13 kilomètres de contresens cyclables. Cela demeure quand même un résultat extrêmement faible au regard du linéaire de nos rues à Montrouge. J’ai eu du mal à retrouver le linéaire, mais j’ai retrouvé un vieux Montrouge Magazine qui annonçait à l’époque une trentaine de kilomètres de rues dans la ville. Si c’est 30 kilomètres de rues aujourd’hui, 9 kilomètres de pistes cyclables, cela ne fait pas beaucoup. Cela fait d’autant peu qu’en 2021, vous annonciez, dans le même rapport, 20,5 kilomètres de pistes cyclables. Pour moi, c’était un objectif. Je ne pense pas qu’on ait rasé les pistes cyclables, mais en tout cas, il y a une vraie question sur l’effectivité de la construction de ces pistes. Neuf kilomètres, cela reste extrêmement peu au regard de la situation actuelle, et surtout, rien sur l’évaluation de la baisse de trafic, aucune mesure sur la sécurité des cyclistes, etc.
Un dernier que je voudrais citer est celui de la sobriété énergétique. Il est fait état du décret tertiaire qui fixe un objectif de réduction de la consommation énergétique de moins 40%, avec une progression à horizon 2040 et 2050. Je ne sais pas où on en est aujourd’hui à Montrouge. Il y a une liste de mesures qui sont prises, mais quels effets ont donné ces mesures prises sur la réduction de la consommation énergétique ? On n’en sait pas grand-chose. Aucune donnée sur la trajectoire du décret tertiaire, ni sur la consommation présentée.
On va nous évoquer la pose de têtes thermostatiques sur les radiateurs au même niveau que la géothermie, on met tout au même niveau. Il n’y a aucune hiérarchie dans les mesures prises et dans les effets qu’ils peuvent embarquer dans une politique dynamique. On évoque la question des leds et du plan lumière, qui est une très bonne chose, mais quel est l’effet de ce plan lumière en termes de consommation – c’est ce qu’on veut savoir – pour être exemplaire, et également indiquer quel modèle vertueux la Ville pourrait présenter in fine, ou inciter les habitants dans leur démarche personnelle de maîtrise de la consommation. Tout cela est inexistant.
Dernier point, sur la justice sociale, puisque le développement durable, ce n’est pas « que » planter des arbres – je mets des guillemets, pour que mes camarades écologistes ne prennent pas ombrage de cette phrase –, c’est aussi lutter contre les inégalités, renforcer l’accès au droit, soutenir les ménages les plus vulnérables face aux coûts de l’énergie, aux coûts du logement et de la mobilité.
Et là-dessus, strictement rien, ni sur l’évolution de la précarité énergétique, sur la qualité de l’accès aux soins. Rien sur une action qui pourrait donner à voir ce que par rapport à des données sociales objectives… rien qui donne à voir l’action de ce point de vue.
Je pense que ce rapport consacre une place démesurée à la mise en scène de projets. Il dit ce que l’on va faire dans l’avenir, or ce rapport devrait dire ce qu’on fait aujourd’hui et quel est le résultat de ce qu’on fait aujourd’hui. Cela ne doit pas être une suite ou un catalogue de mesures qui ne fondent aucunement une politique sur le sujet.


